Histoire de Blotzheim
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Blotzheim, son passé, son présent

Étude historique et archéologique
par Sabourin de Nanton (Strasbourg, 1867)

Nous présentons ici un résumé du livre de Sabourin de Nanton. Le plan de l'ouvrage n'est pas toujours facile à cerner, la chronologie souvent mise à mal et l'orthographe des noms de lieu en allemand n'est pas toujours respectée. Il n'en présente pas moins l'intérêt de couvrir les faits les plus marquants de l'Histoire de notre commune. Au début de chaque paragraphe figure le numéro du chapitre du livre correspondant.

I.
La Hardt s'étendait autrefois sur ce qui est à présent le ban de Blotzheim jusqu'à Binningen. L'auteur en fait une description poétique tout en regrettant sa disparition prochaine qu'il juge inéluctable, n'accordant aucun crédit à cette évolution. Il fait allusion au grand nombre de pélerins qui se rendaient à Maria-zur-Eich à Blotzheim, sans citer d'époque précise.

II.
Nous avons ensuite un aperçu des temps anciens dont témoignent les nombreux tumuli répandus dans la région: Lisbiehl, der Wolf, Banholzhecke, Scbneppbanerbiehl (tumulus des chenapans). Tous ces tumuli sont à une distance moyenne de trois lieues de l'ancienne Augusta Rauracorum (Augst), de trois quarts de lieue de Basilia (Bâle), d'Arialbinnum (Binningen) et de Robur (fort situé à l'emplacement de la cathédrale de Bâle), et à deux lieues de Cambes (Kembs). Le premier cité, Lisbiehl (butte des poux) n'a pas moins de 225 mètres de circonférence et 5 mètres de hauteur et se trouve à 500 mètres de la route romaine.

III.
La première mention de Blotzheim remonte à 728, quand le comte Eberhard, fils d'Adalbert Duc d'Alsace, donne au monastère de Murbach, qu'il avait fondé, des biens situés dans le duché d'Alsace et en Ajoie. Parmi ces biens figure Flobotesheim. Le nom de notre commune ne va cesser d'évoluer au gré des donations successives en Blabodsaime et Bladbodesheim. Après une éclipse de plus de deux cent ans aux IX et Xème siècles, il resurgit en Blathzheim lorsqu'Henri II, roi d'Allemagne, fait don de la Hardt à l'église de Bâle en 1004 et des droits de chasse à Adalberon qui en est l'évêque. En 1040, cette donation est confirmée par Henri III et en 1146, le pape Eugène III confirme les possessions de Bladoltzheim. C'est encore ce nom qui apparaît dans une série d'autres actes jusqu'en 1195. Ainsi Blotzheim est largement mentionné mais nous n'en savons pas plus sur son rôle jusqu'au début du XIIIème.

IV.
Bladoltzheim est cité par Urstisius avec Hirtzfeld comme un des lieux entre lesquels se déroula en 1228 une bataille entre l'évêque de Strasbourg et les comtes de Ferrette. Par erreur semble-t-il: il s'agit plutôt de Blodelsheim plus au nord voisin de Hirtzfelden. Blotzheim n'en est pas moins décrit avant 1280 comme entouré de murs et de fossés. Le village était soumis à un prévôt (Vogt) ou prêteur (Schultheiss) institué par l'empereur et dépendant de la seigneurie de Landser. L'absence d'édifices et de monuments est compensé par l'abondance de jardins, de vergers et de vignes. Un tilleul, fort antérieur à tous les autres protégeait en quelque sorte l'église du pèlerinage de Maria-zur-Eich, qui existait déjà à la fin du XIIIème siècle.

V.
Au cours de la même période, Blotzheim sera assiégé et pillé à deux reprises. En 1268, l'évêque de Bâle, Henri III de Neuchâtel, dévaste Blotzheim nouvellement fortifié. Vingt ans plus tard c'est encore un évêque de Bâle, Pierre 1er, Reich de Reichenstein, qui prend la forteresse d'assaut et ravage les environs.

VI.
Le 18 juin 1267, le même Henri de Neuchâtel, déjà cité transféra les religieuses cisterciennes de Michelfeld à Blotzheim. Le monastère où elles vivaient avait été détruit par un incendie. Le lieu exact où les religieuses s'installèrent n'est pas précisé. L'institution va vivre à Blozheim pendant 183 ans. Peu d'informations sont parvenues jusqu'à nous, sinon quelques traces de dons faits entre 1275 et 1296 à cette congrégation. Il semble que le couvent ait abrité de vingt à vint-cinq religieuses. Pendant cette période, en 1348 et 1349 une épidémie de peste sévit dans la région emportant une grande partie de la population de Blotzheim. En 1450 après un nouveau désastre qui ne laissait pas d'espoir de reconstruction, le monastère fut joint à celui de Lucelle. Il a été converti en une prévôté dépendante de l'abbaye de Lucelle qui y entretint deux religieux.

VII.
En 1369, les troupes d' Enguerrand de Coucy traversèrent la région avant de se rendre en Suisse et pillèrent les villages rencontrés. Si Blotzheim n'est pas cité, il ne s'en trouve pas moins sur le parcours de cette grande compagnie et n'aura sans doute pas été épargné. L'équipée de d'Enguerrand de Coucy se terminera en Suisse où il sera défait par les Bernois près de Frauenbrunn.

VIII.
Les Armagnacs - ici nommés les Gugler - à leur tour, viennent dévaster l'Alsace en 1444. Ils s'engagèrent contre les Suisses lors de la sanglante la bataille de Saint-Jacques sur la Birse. Suite à ces évènements les nobles qui avaient combattu aux côtés des Armagnacs contre les Suisses furent soumis à la vindicte de ces derniers. Tel était le cas de Goetz Henri d'Eptingen châtelain de Blotzheim. Le 12 avril 1445, les Bâlois s'emparèrent du château de Blotzheim. Jusqu'en 1449, ils poursuivirent l'exécution de leur vengeance en Haute Alsace. Le château de Blotzheim est mentionné ici pour la première fois. Il s'agit alors d'un château féodal - qui existait encore en 1728 - avec ses tours, ses fossés et son pont-levis. Le seigneur qui l'habite est tout à ces occupations de suzerain et de preux guerrier.

IX.
Ce sont encore les Suisses qui vont ravager Blotzheim en 1468. Adrien de Bubenberg rassembla une armée de 14000 hommes de Berne, Soleure, Fribourg et Bienne pour venir au secours de la ville de Mulhouse, alliée des Suisses, menacée par les nobles à la solde de de l'Autriche. Cette armée va piller tous les villages sur son passage, de Blotzheim à Habsheim.

X.
1525 verra la population de Blotzheim accueillir les paysans révoltés des environs. La révolte était partie d'Helfrantzkirch, initiée par un prêtre, Jean Berner, et relayée par Mathias Nidhard d'Eschentzwiller. Elle était dirigée contre les nobles pour échapper à l'oppression.

Les Suédois à Blotzheim

«Les paysans se retirèrent dans le village de Blotzheim où ils furent bientôt investis par dix-neuf compagnies de cavalerie suédoise qui les poursuivaient. Ils virent bien qu'ils étaient perdus, mais ne voulurent pourtant pas se rendre. On leur envoya quatorze cavaliers avec un trompette, pour traiter avec eux. Les paysans n'entendant plus que la voix du désespoir, massacrèrent les quinze Suédois et contraignirent le colonel Harpf à n'avoir aucune pitié d'eux. Il mit le feu aux quatre coins du village, le réduisit en cendres avec une bonne partie de ces malheureux, tailla le reste en pièces, à l'exception de quelques-uns qui trouvèrent le moyen d'éviter le fer et la flamme. On compte qu'en deux jours il y eut plus de 2000 morts. Neuf cents furent faits prisonniers et conduits à Landser, où on les massacra sans pitié. L'endroit où ce massacre eut lieu s'appelle encore de nos jours le Kuttelrausgraben. Cette terrible représaille se passa dans les premiers jours du mois de février 1633.»

Les Suédois dans le Sundgau
Henri Bardy, Revue d'Alsace, 1853
.

XI.
Mais le pire était encore à venir. Au début de 1633, en pleine guerre de Trente-Ans, les Suédois de Gustave-Adolphe occupent la région. Très mal acceptés par la population catholique, ces protestants sont harcelés sans cesse par les paysans. Ces derniers se levèrent en masse pour massacrer les garnisons suédoises. Harpf, le commandant suédois, cantonné à Hésingue, leur livra bataille et tua mille hommes. Blotzheim, où un grand nombre d'entre eux s'était retranchés fut livré aux flammes. Sabourin de Nanton en réfère à Henri Bardy pour décrire cet épisode sans doute le plus noir de notre Histoire (voir encadré). La guerre de Trent-Ans laissa l'Alsace complètement exsangue. Les populations étaient décimées. Les villages se trouvèrent détruits, certains à tout jamais. L'agriculture et le commerce étaient ruinés.

XII.
À la suite du Traité de Münster, voilà l'Alsace devenue française. De ce fait le château va aussi passer aux mains de familles françaises. Déjà, pendant la guerre de Trente-Ans, il avait été vendu par Ulrich de Reinhardt au major-général d'Erlach. Ce dernier après avoir offert ses services à divers pays est nommé gouverneur français de Brisach en 1648. Il va donner sa fille en mariage à Axel de Taupadel, autre militaire de famille suédoise qui, de ce fait, prend posssession du château de Blotzheim. Après de nombreux faits d'armes pendant la guerre de Trente-Ans, il va se retirer à Blozheim. Il mourra sans héritier et sa veuve vendra le château aux Glutz de Soleure qui possédèrent aussi le village à partir de 1697. Le château fut racheté aux Glutz par Nicolas Prosper d'Angervillers, intendant d'Alsace, qui le cédera à son tour à Jean-Henri d'Anthès. Celui-ci le fit reconstruire à neuf tel que nous le connaissons de nos jours [1867]. Le château échut à Marie-Anne d'Anthès épouse de Nicolas de Salomon avocat général au conseil souverain d'Alsace. C'est cependant à ses héritiers mâles que Henri d'Anthès transmit les droits seigneuriaux. Ils les conservèrent jusqu'à la Révolution.

XIII.
Au XIIIème siècle, par un don émanant du comte de Schenckenberg, la propriété du comté de l'Auw fut attribuée aux bourgeois de Blotzheim avec haute, moyenne et basse justice, bois et broussailles, les amendes, la glandée, le pâturage, à l'exclusion de tous autres, toutes les dîmes, rentes foncières, droit d'y établir juge, procureur fiscal, greffier tabellion, sergents, gardes forestiers, de nommer curé et vicaire, d'avoir prison, carcan et poteau, le droit de manoir, de recevoir des bourgeois et des manants, le droit de sceau, lods et ventes. Ainsi l'Auw formait-il un ban séparé de celui de Blotzheim. Si ces droits se maintinrent jusqu'à la Révolution, les bourgeois en conserveront la jouissance des bénéfices jusqu'en 1840, quand la cour royale de Colmar décidera que la propriété en revient à tous les habitants de la commune. Les revenus l'Auw ont parfois été consacrés à des oeuvres aussi diverses qu'un prix de vertu institué en 1775 (voir encadré) et la construction de l'église Saint-Léger plus récemment. Au milieu du XVIIIème siècle sera crée la pisciculture sur les terrains de l'Auw.

La rosière de Blotzheim

«Par une délibération du 12 mars 1775, les bourgeois de Blotzheim ont arrêté unanimement d'accorder tous les trois ans, sur le produit du comté de l'Auw, des prix au garçon et à la fille du lieu qui auront été déclarés les plus vertueux, et d'instituer à ce sujet une fête semblable à celle de la Rose de Salency. Ces prix consistent en une médaille d'argent pour chacun des deux sujets, et pour la fille en une couronne et en une somme de 100 livres, indépendamment d'une autre de 100 livres qui est partagée également entre ses deux compagnes, c'est-à-dire, entre les deux filles qui ont concouru avec elle pour le prix de la vertu, sauf à augmenter la valeur de ces prix en proportion de l'augmentation du produit du comté de l'Au. Cette fête a été célébrée pour la première fois en 1777 avec toute la pompe et la solennité qui pouvaient donner quelque éclat à une institution si louable.»

Dictionnaire géographique, historique et politique de l'Alsace, sur Blotzheim, détails de la délibération instituant le prix.

XIV.
Depuis environ 1349, Blotzheim avait son pélerinage. Il s'agit bien sûr de Notre-Dame du Chêne - Maria-zur-Eich en allemand, Maria ad Robur en latin - dont la chapelle a été construite à l'époque dans la sombre forêt de la Hardt, qui s'étendait alors jusqu'au pied du château. Les écrits attestant de son existence au XIVème siècle émanent de Jean II, chancelier du duc Albert d'Autriche et d'Imier, baron de Ramstein, évêque de Bâle. Le pélerinage n'a connu qu'une interruption, au moment de la Révolution avant d'être rétabli par la suite.

XV.
À partir de 1737, Blotzheim commença à accueillir des moines capucins dont la mission était de desservir l'église paroissiale du village et l'hôpital militaire de Huningue. Leur couvent fut construit à proximité du pélerinage. Les lettres patentes de leur établissement datées d'avril 1738 sont signées par le roi Louis XV. Ces moines dévoués s'occupaient des malades et les plus pauvres. Tout, jusque dans leur tenue, ils marchaient en sandales, inspirait la modestie. Au nombre de 18 à Blotzheim en 1790, ils seront chassés par la Révolution et se réfugieront en Suisse. Le couvent sera complètement détruit et les nombreuses et importantes oeuvres qu'il contenait dispersées.

XVI.
La Révolution Française, à partir de 1789, entraîna les mêmes changements à Blotzheim que partout ailleurs. La commune fut dirigée par un corps municipal élu par les citoyens actifs. Un tribunal révolutionnaire s'installa dans l'actuelle maison Schultz [en 1867, il s'agit d'une maison, aujourd'hui disparue, qui était située rue du Moulin]. Pendant les années du Directoire, le général Pichegru, qui avait son quartier général à Altkirch, fit de nombreuses apparitions au château de Blotzheim. C'est là que, le 21 août 1795, il reçut Fauche-Borel dont la mission confiée par le prince de Condé était de le convaincre de rejoindre les rangs des royalistes.

XVII.
Si Blotzheim traversa la période de l'Empire sans grands évènements, il n'en fut pas de même lors de l'invasion autrichienne de 1815. Comme aux pires moments décrits précédemment, les Blotzheimois durent renouer avec le pillage de leur village. Le corps d'armée du général Colloredo, composé d'Autrichiens, de Croates et de Hongrois pilla sans retenue Blotzheim et tous les villages alentour. Pour comble de malheur, les Bâlois, rompant leur neutralité, se joignirent à eux, ravageant et incendiant toute la région.

XVIII.
L'évènement marquant de la période suivante fut incontestablement la construction de la nouvelle église Saint-Léger. Dès le début du siècle les Blotzheimois ressentaient le besoin d'une église plus solide et plus grande que celle qui existait sur les hauteurs du village [elle était située à l'emplacement actuel de l'école Marcel Durand]. En 1823 plusieurs plans avaient déjà été dressés pour construire une église au même endroit. Ils restèrent sans effet. Ce n'est qu'en 1847 que le curé Rolla commença à mobiliser les énergies et trouva l'argent pour acquérir un terrain et commencer des travaux dans le centre du village sur des plans conçus par Poisat, architecte à Belfort. Par manque de moyens, le chantier fut arrêté à plusieurs reprises et ce ne fut qu'en 1861 grâce à la ténacité du curé Rolla et la générosité de quelques autres que Mgr Roess, évêque da Strasbourg, vint inaugurer le nouveau sanctuaire.

XIX. à XXII.
Dans les quatre derniers chapitres, Sabourin de Nanton traite de divers sujets plus récents qu'il est difficile de résumer ici. Nous invitons donc les internautes à consulter l'ouvrage en suivant les liens indiqués.
Le dernier paragraphe du livre fait preuve d'un grand optimisme pour l'avenir. Oubliées les guerres, oubliés les massacres et les destructions! Place au commerce, à l'industrie, à l'agriculture et au progrès! Nous sommes alors en 1867... Depuis les habitants de Blotzheim ont connu encore bien des vissicitudes.


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